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103e s'est émerveillée du côté artistique de l'Homme. Qu'en est-il du vôtre ? Faites partager vos oeuvres, écrites, visuelles ou auditives. <br /><font color="red">/!\Attention !/!\</font> Veillez à ne poster que vos propres créations. Lire le topic sur les droits d'auteur avant tout.

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vieil arbre
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Enregistré le : sam. juil. 14, 2007 11:15 am

mes textes

Message par vieil arbre »

Voici des nouvelles, ou débuts d'histoires qui n'auront peut-être pas de suite...

Je commence par une nouvelle que j'ai écrite l'année dernière, et modifiée il y a quelques temps.


MERLIN


Simon m’a donné rendez-vous au vieil hôpital abandonné. Il m’attend, les mains dans les poches. Je le suis dans la cour. Il monte à l’étage, où les couloirs autrefois blancs s’étendent, régulièrement percés par des portes numérotées. L’endroit est poussiéreux, sombre et oppressant. Les corridors se perdant dans l’obscurité pénètrent nos esprits et nous plongent dans cet état d’égarement où les questions qui rythment nos vies refont surface.
Simon me pousse devant la porte d’une chambre. Je l’ouvre et aperçois une silhouette accoudée à la fenêtre en face de la porte, un chat à ses pieds. Il fait nuit mais je reconnaîtrais sa silhouette n’importe où, avec son dos légèrement voûté, ses longues jambes encore fortes et ses mains aux longs doigts. Il se retourne en entendant la porte grincer. Sur son visage se dessine le sourire qu’il a toujours eu, léger et si triste pourtant, que ses yeux pétillants de malice effacent presque. Aussi effrayée qu’abasourdie, je ne peux rompre le silence qui s’est installé. Mon grand-père se tient devant moi, alors qu’un mois plus tôt j’ai assisté à son enterrement.

Que remarque-t-on en premier chez l’autre ? C’est étrange, ce réflexe d’observer certains détails particuliers chez une personne que l’on rencontre. Je regarde souvent les chaussures qu’elle porte, elles me racontent un peu de sa vie. Mais ce que ma mémoire retient, c’est sa façon d’observer et de se tenir. Est-elle curieuse de ce qui l’entoure, regarde-t-elle les autres avec condescendance ou paraît-elle plutôt timide ? Je crois que faute de parler, j’observais. Mon grand-père regardait toujours les gens, et même les choses, avec une certaine curiosité, se demandant ce qui allait bien pouvoir se passer. Il aimait être spectateur ; et quoi qu’il arrive, tout semblait l’amuser. Il n’était pas très à l’aise en public, mais lorsqu’il avait quelque chose à dire, il savait se faire écouter, capter l’attention et la maintenir jusqu'au bout. Petite, j’adorais qu’il me raconte des histoires. Parce que dès qu’il s’agissait de conter, il devenait quelqu’un d’autre : le personnage de son récit. Il le vivait avec tout son corps, il le dansait. Je l’écoutais et le regardais parler, ses bras et ses mains narraient l’histoire sous mes yeux, son visage exprimait la peur, la joie, la tristesse du héros, son corps se crispait ou se détendait au gré des péripéties. Pour moi, il était un magicien.

« Papy… »
Je tremble de tous mes membres. Ce n’est pas possible, il ne peut pas être là, devant moi. Pourtant c’est bien son sourire si particulier qui se dessine sur son visage. Ses yeux semblent me dire « c’est une bonne blague, n’est-ce pas ? » Mais je n’ai pas envie de rire. Il m’a tellement manqué pendant ce long mois. Je me surprends à me pincer. Non, ce n’est pas un rêve. Je m’approche doucement de mon grand-père comme si je faisais mes premiers pas. Même si la peur me retient d’aller plus loin, la curiosité est plus forte et me pousse à avancer. La pâle lumière de la lune l’éclaire faiblement, lui donnant l’aspect d’un fantôme. Je touche sa main. Elle est froide mais vivante.
« Merlin ? » murmure-je.
Enfant, je l’appelai ainsi et ce surnom lui est resté.
Il rit doucement, de ce rire qui m’a toujours agréablement réchauffée. Il me prend dans ses bras, tendrement, puis me serre plus fort. Jamais je n’ai eu de contact aussi intense avec lui. L’étreinte nous réconforte tous les deux. Je garderai à jamais ce moment gravé dans mon esprit, mais je n’en comprendrai que plus tard la véritable signification. Je me mets à pleurer à chaudes larmes, les sanglots me secouent, mais je serre mon Merlin dans mes bras, il me serre dans les siens. Il est pâle, mais bien réel.

Le bois de derrière chez nous n’avait plus de secret pour moi. Merlin m’emmenait souvent m’y balader. Nous partions avec loupe et jumelles, parfois pour plusieurs heures. Il me faisait découvrir la nature au fil des saisons. Lui racontait, j’écoutais et prenais des photos. Je surprenais parfois un écureuil, mais les photos les plus fascinantes étaient celles figeant des insectes dans leur activité. La vie du sol m’étonnait par sa diversité et son importance. Ce monde est à nos pieds, et pourtant nous n’y prêtons aucune attention. Alors je m’efforçais de le rendre le plus proche de la réalité possible sur mes photos. Nous avions fait des albums que je faisais compulser à ceux qui s’y intéressaient. Avec Merlin j’avais l’impression d’avoir tout appris, mais j’apprenais chaque jour d’avantage. Il m’incita à toujours avoir l’esprit ouvert, à m’attendre chaque instant à être surprise par quelque chose de nouveau, ou par quelque chose que je revoyais avec un ½il nouveau. Il m’apprit à changer mon regard sur les êtres, à observer, à écouter, à sentir. Il donnait de nouvelles dimensions au monde qui m’entourait, m’aidait à être attentive à mes cinq sens, et pas seulement à ma vue.
Si le monde des insectes m’émerveillait, celui de la flore me fascinait et m’attirait encore davantage. Mon grand-père me racontait la vie du chêne, roi de nos forêts, il me montrait les plantes qui nourrissent et celles qui guérissent. Les arbres, géants par leur taille et leur âge, m’imprégnaient de respect, de confiance et de bien-être. Merlin me montrait tous les êtres qu’ils abritent, ceux qui lui sont utiles et ceux qui le détruisent.
C’est pendant ces balades que Merlin revivait, qu’il se guérissait de son manque de confiance en l’homme. Il croyait de nouveau que tout était possible, que tout le monde finirait bien par se réveiller. Il me disait que j’avais plus de pouvoir qu’on voulait bien me le faire croire, que chacun devait trouver ce qu’il avait à accomplir.
Un jour il me dit :
« L’imagination est plus importante que la connaissance ! Et sais-tu qui disait cela ? Einstein! N’est-ce pas révélateur ? »
Et il partit dans une de ses explications qui s’adressait plus à lui-même qu’à moi. Il me fit comprendre que c’est l’imagination qui permet à notre connaissance de se développer.
« C’est grâce à elle que nous pensons à tester cela pour voir comment ceci réagit. Elle bâtit notre savoir, et ce n’est qu’en s’appuyant sur lui qu’elle peut le faire. Elle est avant et après le savoir, et en même temps, elle le construit. Et quand nous avons trouvé tout ce que nous cherchons, que nous avons répondu aux questions que nous nous posions, forte de ce savoir, l’imagination transcende nos connaissances et nous emmène au-delà de tout ce qui existe. Pourquoi cherchons-nous tant à comprendre le monde, si ce n’est pour pouvoir le dépasser ensuite, pour pouvoir nous dépasser ? Parce que pour nous comprendre, il faut avant tout appréhender le monde auquel nous appartenons. Nous ne sommes pas une entité simplement posée là par hasard, dans un milieu inconnu et hostile. Nous avons évolué avec la terre et nous en sommes dépendants. Alors avant de vouloir nous transcender, il faudrait nous accepter tels que nous sommes, une espèce parmi d’autres, sur une planète parmi d’autres. »
La plupart du temps, je ne comprenais pas ce qu’il disait, je le considérais ailleurs, occupé à rêver de grands projets pour l’humanité.


Finalement, il me repousse doucement. Il me regarde dans les yeux, espérant trouver au fond de moi comment me détendre.
« Nous allons tout t’expliquer, calme-toi. »
L’expression de son visage trahit la joie qu’il a de nous revoir tous les trois ensemble, mais ses yeux cachent une indéfinissable tristesse que je ne comprend pas.
Je m’assois sans un mot. Le chat noir vient me mendier des caresses. Son poil doux et brillant contraste étrangement avec l’endroit où il s’abrite. La pièce est nue, les murs ont pris la couleur de la poussière. Nous sommes assis en triangle sur le parquet grinçant. Tout cela me rappelle trop de souvenirs ; je suis envahie par des émotions contradictoires que je crains de ne pouvoir retenir. Mon grand-père et Simon sont tous les deux si calmes que je réussis finalement à me détendre. Je voyage dans le passé. Nous allons pouvoir jouer tous trois ensemble à nouveau.
La voix de Simon me fait redescendre sur terre. Il ne prononce un seul mot comme je m’y attends, mais une phrase entière.
« Tu te souviens de la petite cérémonie que nous avions organisée tous les deux en l’honneur de ton grand-père, n’est-ce pas ? »

Simon connaissait mon grand-père sans doute aussi bien que moi. Il venait souvent à la maison depuis notre plus tendre enfance, et avec Merlin, nous inventions divers jeux. Celui que nous préférions tous les trois s’appelait « à quoi penses-tu ? ». Pour y jouer, nous nous asseyions tous les trois en tailleur et nous fermions les yeux. Le premier disait un mot qui lui passait par la tête, et le suivant devait dire le mot qui lui venait à l’esprit après avoir entendu le premier. Mais les deux autres devaient également penser très fort au mot qui leur était venu à l’esprit. Le jeu continuait de la même manière jusqu’à ce que les deux personnes pensent au même mot. Alors les deux gagnants donnaient un gage au perdant.

Nous savons que tout le monde meurt un jour où l’autre ; ce jeu-là fait partie de la vie. C’est comme si nous aurions dû être préparés depuis notre naissance à accepter ce jour. Mais il y a notre instinct qui nous pousse à vivre. Et alors on ne peut que redouter la mort. En apprenant à connaître quelqu’un, on découvre peu à peu son âme et on lui dévoile la nôtre. Peut-être y a-t-il une sorte d’échange entre nos deux âmes, et lorsqu’il meurt, il emporte avec lui cette fraction de nous-même, et celle que nous avons de lui ne trouve plus son écho. D’où cette horrible sensation de vide et de perte à l’intérieur de notre être. Une part de nous reste seule. Je m’imaginais que c’était pour cette raison qu’il est si difficile de perdre quelqu’un, de ne pas céder à la douleur et au désespoir qui s’emparent de nous.
Après l’enterrement de mon grand-père, Simon était venu chez moi. Nous étions allés dans ma chambre, je voulais parler avec lui du disparu, je voulais me remémorer tous les moments que nous avions passés ensemble.
« On joue à « à quoi penses-tu ? » ? me demanda Simon.
Je ne compris pas tout de suite son intention. A quoi bon y jouer sans mon grand-père ? Cela faisait tellement longtemps que nous avions oublié ce jeu. Puis je compris enfin ce qu’il voulait faire. Nous allions lui rendre hommage à notre façon, ressusciter ce jeu perdu au fond de nos mémoires. A la place de Merlin, nous mîmes une bougie. Elle était rouge ; comme l’amour, avions-nous alors déclaré. Une fleur en faisait le tour ; elle avait commencé à fondre. Nos esprits n’étaient plus dans la chambre, nos âmes vagabondaient entre ciel et terre, essayaient de trouver une solution à l’errance que la mort de Merlin avait provoquée.
« Magie. »
La voix de Simon me parvint à travers les brouillards qui m’empêchaient de retrouver ma lucidité. Elle parvint jusqu’à mon cerveau et alors toute image ne concernant pas mon grand-père s’envola. Je revoyais Merlin, ses yeux bleus rieurs, si profonds. Souvent je voulais le rejoindre là où étaient ses pensées. Il nous laissait seul, et lui partait dans ses rêves. Seuls ses yeux trahissaient alors son état. J’avais tellement envie de le suivre, de plonger dans ses songes. Ce jour-là, je revécus de nombreux moments passés avec mon aïeul et Simon m’accompagnait dans mon voyage.

La cérémonie, bien sûr que je m’en souviens...

« Je m’étais assoupi, me raconte Simon. Quand je me suis réveillé, tu dormais par terre, la bougie avait entièrement fondue en laissant une trace sur la moquette. Et puis j’ai vu… Je croyais que je rêvais encore, j’avais l’esprit embrouillé. Il était assis juste derrière la bougie, il te regardait dormir, et quand il a vu que j’étais réveillé il m’a dit : « Elle est belle quand elle dort, n’est-ce pas ? » Il faisait nuit mais la lune éclairait la chambre.
Mon c½ur s’emballe à nouveau. Je n’ose pas poser la question qui me brûle les lèvres car je redoute la réponse qui va s’imposer à moi.
Mon grand-père a pris la parole.
« Je vous avais senti. Vous pensiez tellement fort à moi, tous les deux. Je vous sentais, je me voyais dans vos pensées… et je me suis retrouvé assis, derrière la bougie, à la place que vous m’aviez laissé. Vous étiez endormis.
– On ne voulait pas te réveiller, reprend Simon. Nous t’avons allongé sur ton lit. Nous avons beaucoup parlé et nous avons compris beaucoup de choses. Et puis nous avons décidé de cacher Merlin ici.
– Mais pourquoi… ? Comment… ?
Trop de questions se bousculent dans ma tête, je refuse de voir la vérité.
– Je ne suis pas vivant, ma puce. C’est vous deux, Simon et toi… c’est votre mémoire qui m’a ramenée ici. Vous m’avez appelé, mais je ne suis pas vivant : je ne suis qu’un souvenir… Je ne suis pas libre : je suis prisonnier de votre mémoire. Vous pensez tous les deux que je suis vivant, ou plutôt vous voulez que je le sois. C’est vous qui me retenez ici. Vous devez accepter ma mort. Je ne suis même pas moi, je suis le Merlin de vos souvenirs, et vous me gardez captif de cette image. Je veux que vous me libériez, je ne vis plus, je suis là, seulement présent, et seul. Je ne suis qu’une réminiscence. Je veux enfin être libéré. »
Je l’écoute sans vouloir le croire. Mais au fur et à mesure que ses paroles parviennent à mes oreilles, la vérité commence à se frayer un chemin dans mon esprit, jusqu’à atteindre le point sensible de la raison.
« Papy… je veux tellement… Juste ce soir. J’ai besoin de te voir.
– Non, tu n’as plus besoin de moi. Tu dois apprendre à accepter mon départ. Mais cela ne signifie pas pour autant que tu dois m’oublier. D’ailleurs, je te l’interdis : ne m’oublie jamais. Si je reste ce soir, tu ne voudras plus me laisser partir parce que tu me croiras ressuscité. S’il te plaît ma puce. Faites-le pour moi.
– D’accord. Je … Je vais essayer. »
Je ne vois presque plus rien, mon visage est trempé de mes larmes, mais je n’y fais pas attention. Tout en regardant Merlin, je pense à ce qu’il m’a dit. Il sourit, il devient de plus en plus pâle. Pâle n’est pas vraiment le mot approprié. On a l’impression qu’il se fond avec le décor. Malgré mes larmes, je me rends compte qu’il a fini par disparaître. Je me tourne vers Simon. Ses yeux brillent, il pleure.

Dehors, l’aube arrive. Le soleil se lève doucement. Avec ce nouveau jour commence vraiment la vie sans Merlin. Dehors, il fait frais. Mon esprit se remet doucement des émotions de la nuit. Dehors, des couleurs orangées s’étendent à l’horizon. Simon marche avec moi. Rien ne trouble le silence qu’impose la lente apparition du soleil, créateur du jour. Mon âme s’est réchauffée. Il lui manque toujours une partie d’elle même, mais j’ai appris à communiquer avec ce manque. La reconnaissance d’éternels souvenirs ne trouble plus le bonheur que je retrouve. Je les préserve avec chaleur, ils sont l’essence des instants d’hier, l’enchantement de l’instant présent, le parfum de l’avenir imminent. Devant mes yeux, le ciel est presque entièrement coloré, il est l’aquarelle de mon âme. L’astre lumineux se lève et je l’accompagne dans sa nouvelle résurrection.

FIN

***Ajout :***

Quelqu'un m'avait donné l'idée d'écrir sur les clowns. j'ai commencé quelque chose, mais je n'ai jamis réussi à trouver une histoire qui colle. j'ai souvent des idées, des émotions ou sensations que je décris ensuite, mais j'ai du mal à en faire des histoires.



Il pleut dans la nuit. Un clown court, droit devant lui, sans éviter les flaques. Il est habillé comme tous les clowns. Ses vêtements bariolés réveillent l’obscurité, avec ses chaussures démesurées il manque de tomber à chaque enjambée. Il court sans but le Clown. Il fuit ? Sur son visage, l’énorme sourire rouge s’étale, mais on ne peut deviner si c’est à cause de la pluie ou de ses larmes. Le maquillage de ses yeux coule et déchire sa figure. Son visage est une horrible caricature, effrayante peinture du cri. Il n’exprime que douleur et désespoir. On ne le reconnaît plus. Il semble perdu à l’intérieur de lui-même, il découvre la violente souffrance de l’errance de l’âme perdue dans un corps. Quel plus grand désespoir que celui de ne plus savoir qui nous sommes ? Il continue de courir le Clown, ne s’arrêtera-t-il jamais ? Il traverse des rues, longe des bâtiments. Quel voyage se déroule dans son âme, alors que son corps tente désespérément de s’en échapper ? Il pleure dans son c½ur.

Jamais un sourire. Seulement des reproches. Pourquoi ne peut-il faire naître que des grimaces sur le visage des autres ? Les gens qu’il croise n’osent pas le dévisager, se détournent sur son passage comme s’il les gênait. Il s’est longtemps demandé ce qui n’allait pas chez lui. Il a posé la question à son miroir. Mais celui-ci s’est contenté de lui renvoyer son reflet, sans explication. Rien qu’un corps, un visage et cette expression de tristesse lui collant à la peau, comme un deuxième lui-même qu’il emporte partout.
Il a fini par comprendre ce qui gênait tant les autres chez lui. Ce n’est pas qu’il est laid, mais plutôt qu’il manque d’harmonie, comme si tout son être est désaccordé, comme si la partition n’avait pas été correctement interprétée, qu’on avait chanté faux. Il gêne parce qu’il est une erreur. Il est désagréable de constater que quelqu’un peut réellement être raté. Aussi on préfère se cacher la vérité, et Raoul est ignoré. On peut se rassurer et se convaincre que notre monde tourne toujours aussi rond.
Raoul comprend tout cela et souffre. Son plus profond désir est d’être reconnu par les siens, d’être considéré comme quelqu’un et pas comme une erreur. Il voudrait que tous remarquent qu’il est seulement différent.

***Ajout :***

à lire lentement, en écoutant de la musique que vous aimez.


Ferme les yeux. Et écoute. Il n’y a rien d’autre que toi, et la musique qui résonne à tes oreilles. Vide ta tête de toute autre pensée. Oublis l’inconfort. Il n’y a rien d’autre que toi, et la musique qui résonne à tes oreilles. Chaque note s’imprime dans ton corps et parle à ton c½ur. Les seules sensations qui te parcourent sont celles que la musique te donne. Il n’y a personne autour de toi. Tu es seul, et tout ce qui compte, c’est la musique qui fait trembler ton corps. Laisse les larmes couler. La mélodie réveille les émotions que ton âme avait gardées cachées. Laisse-les t’envahir. Ne cherche pas à les comprendre. Tout ce qui importe, c’est la musique qui fait vivre ton c½ur.

***Ajout :***

c'est quelque chose qui date de la 2d, que je n'ai pas modifié depuis et que je ne continurais sans doute jamais.



Une jeune fille marche sur un trottoir, c’est l’automne, les feuilles crissent sous ses pieds, volent autour d’elle. Elle sent leur chute, lente et inévitable, elle sent la mort l’entourer, l’attirer dans son tourbillon de doute et de douleur, sa longue chute semble ne jamais se terminer, elle laisse traîner l’espoir derrière elle, l’espoir fou de pouvoir l’arrêter. Sylvia tend le bras, une feuille vient se reposer dans sa main, donnant toute sa confiance à cet appui opportun, avec l’espoir insensé que peut-être elle n’atteindrait jamais le sol. La main se referme doucement, des miettes s’en échappent, volent un moment sous la force de l’énergie du désespoir, finissent par arroser le sol de leur mort fertile.
Sylvia écoute le discret bruit de ses pas. On ne peut rien face à la mort, mais la vie qui coule dans nos veines, l’espoir qui habite secrètement chacun, tous nos désirs, nos envies, nos rêves, il existe tellement de choses et de personnes qui nous poussent à continuer à aimer la vie. La promesse de jours sans gloire suit chacun de nos pas, mais la récompense d’un sourire illumine nos journées. Puis on fini par découvrir que notre bonheur se construit à l’aide de celui que l’on donne aux autres. A ce moment, plus rien ne nous retient d’ouvrir grand notre porte.
La démarche de Sylvia se fait moins rapide, plus souple, ses pas s’allongent, ses yeux rivés au sol se réveillent, cherchent, observent avec avidité ce qui fait son monde, ce chemin quotidien, ces personnes qu’elle croise, ces arbres qui renaissent chaque année sous son regard, un sourire apparaît, révèle son jeune visage, la fierté d’avoir découvert le bonheur illumine tout son être, la joie de vivre cherche à présent à éclater, elle envoie des sourires à ceux qui savent les recevoir, à ceux qui les cherchent, surtout à ceux qui ne savent plus en donner, et peut-être qu’un jour, grâce à elle, ils redécouvriront le bonheur de sourire à leur tour.

Sylvia se promène à présent dans un parc de jeux pour enfants, un banc en bois l’attend, immobile devant un buisson orné de jeunes fleurs jaunes et fraîches. On se croirait au printemps, le soleil étend ses doux rayons qui réchauffent agréablement. Assise, elle observe les enfants jouer, complice de leur imagination, le cheval à bascule devient un fier coursier exécutant tous les souhaits de son jeune cavalier, ensemble ils traversent les nuages et découvrent enfin leur texture unique aussi douce que les rêves, le toboggan se transforme en arc-en-ciel, il accompagne ses aventuriers dans le ciel pour aller atterrir dans un lac d’une eau aussi claire que celle de la mer, le tourniquet, devenu un navire affrontant la tempête, entraîne les petits mousses dans un danger tant recherché pour ce qu’il leur fait ressentir.

Sylvia quitte son banc, elle cueille une fleur, l’accroche à son sac qu’elle porte en bandoulière, les enfants crient et rient, ses pieds forment des creux dans le sable du terrain de jeu, elle n’entend presque plus les bruits qui couraient derrière elle, le vent se met à souffler, ses cheveux s’affolent, la fleur jaune tombe à ses pieds.
Une odeur de sel se promène dans l’air qui se fait plus vif, plus coléreux, emprunt de ces émotions que l’on veut lui donner, sa caresse fait frissonner, tel un ancien souvenir, fragile et mélancolique, pourtant si recherché. Sylvia lève la tête, la mer s’étend devant son seul regard, aussi loin que ses yeux peuvent l’emporter, aussi loin que son regard veut la mener, aussi loin qu’elle désirera les suivre. L’eau monte, mouille les pieds dénudés de Sylvia. La vue d’un espace libre à l’infini emplit tout son être d’un furieux désir de s’épuiser pour oublier qu’elle est si petite et fragile. Elle plonge, un goût salé se colle à ses lèvres, l’eau glisse sur sa peau, sa fraîcheur réveille ses sens, elle se sent si vivante à présent, elle aimerait pouvoir vivre tous les moments de sa vie aussi pleinement. La liberté mais pourtant aussi un vide immense l’accompagnent. L’insatisfaction de ne pouvoir expliquer comment peut-elle ressentir un vide si profond devant quelque chose d’aussi palpable à l’infini, l’incapacité d’expliquer ses propres émotions poussent Sylvia à nager toujours plus loin, toujours plus vite, en espérant laisser couler derrière elle ces émotions qui la submergent et qu’elle ne peut s’expliquer. La mer l’a totalement engloutit à présent, elle l’emporte dans les abysses de la solitude, où tout le monde a peur de rester, mais que chacun a déjà visité, avec l’hantise de devoir y demeurer toute sa vie. Dans ce gouffre obscur les ténèbres règnent, l’air respiré est si lourd d’effroi que l’on étouffe, nos désespoirs construisent ce mur qui nous sépare des autres, ces personnes seules qui pourraient nous secourir nous les laissons dehors, les déceptions nous aveuglent, engendrent le cercle infernal qui coupe la communication, la seule chose qui pourrait nous réveiller. La brèche de l’espoir fissure toujours ce mur qui paraît inébranlable, il suffit d’ouvrir les yeux.
Sylvia sort la tête de l’eau, reprend son souffle, elle se laisse porter par la mer, elle sent cet air si particulier, si riche emplir ses poumons, elle se sent renaître. Les vagues la déposent doucement sur la plage. Une petite tache jaune attire son attention, une fleur séchée est couchée sur la plage, les pétales se flétrissent, devienne trop fragiles pour subsister sous cette forme, le vent disperse les restes d’une courte vie, passée à faire plaisir aux yeux des promeneurs d’un parc, une existence aussi brève que vive, comme des milliards d’autres sur cette terre.
"vous avez plus de pouvoir que vous ne le pensez"
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