MarcP a écrit :Non, c'est dire que le marketing t'as tellement lavé le cerveau que tu crois que c'est plus efficace...
J'aime un tel développement, c'est vraiment riche et constructif. Bref... (en même temps je m'y attendais mais je n'avais pas le temps hier soir).
Le problème des génériques est TRES complexe car il pose la question de "qu'est ce que le médicament", et c'est une question beaucoup plus vaste que vous ne pouvez le penser. Ca oblige par exemple à aborder les placebos, qui sont justemment l'opposé des génériques : un placebo a tout du médicament sauf le principe actif, alors que le générique a le principe actif mais pas le reste.
Je vais laisser de côté les problèmes économiques pour l'instant
Le médicament est un objet qui s'inscrit dans un processus de guérison conditionné depuis notre plus tendre enfance : aux premiers froids de l'hiver, une poussée de fièvre, donc médecin, qui prescrit un médicament, qu'on prend et finalement on sort guérit. Un schéma qu'on appliquera ensuite toute notre vie. Le médicament est à la fois un objet, avec des principes actifs, et un symbole, celui de la guérison, un objet transitionnel entre le médecin et le malade. Il est constemment pris dans cette dualité materielle / représentation.
Materiellement, les principes actifs d'un générique et d'un médicament classique sont identiques. Si vous prenez un générique, que vous lui collez la même forme, que vous le mettez dans une boite de médicaments classiques, que le médecin pensera prescrire le médicament, alors il aura EXACTEMENT le même effet.
Tout le problème réside dans la représentation, et pour ça on peut se replacer dans les études pour le placebo.
Premier exemple, on prend un ensemble de personnes, qu'on sépare en deux groupes. Test effectué en double aveugle, on donne au groupe A de la vitamine C et au groupe B quelque chose qui a la même forme mais qui ne contient que de l'eau. Après quelques temps, on demande à chaque groupe ce qu'il pense avoir eu, et on peut donc distinguer 4 classes :
1 ceux qui pensaient avoir de la vitamine C et en avaient effectivement
2 ceux qui pensaient avoir de la vitamine C et avaient du placebo.
3 ceux qui pensaient avoir du placebo et avaient de la vitamine C
4 ceux qui pensaient avoir du placebo et en avaient effectivement.
On laisse passer un hiver, et on note ceux qui ont été malades et ceux qui ne l'ont pas été. Aucune différence significative entre ceux qui avaient de la vitamine et ceux qui avaient du placebo. En revanche, les disparités entre ceux qui PENSAIENT avoir de la vitamine et ceux qui PENSAIENT avoir du placebo était importantes. On ne peut pas nier le rôle de l'imagination, de la conviction dans le processus de guérison.
Je pourrais redévelopper les exemples que j'avais déjà cité dans un topic sur le placebo, mais j'ai un peu la flemme, je vous laisse donc chercher.
Toujours est-il que l'élaboration d'un médicament ne s'arrête pas au contenu, pour augmenter son efficacité, il faut aussi réfléchir à "l'image" de ce médicament, et ça passe par le nom, la forme (pourquoi le Lexomyl est-il quadrisécable à ton avis ?), la couleur (un antidépresseur rose est plus "efficace" qu'un vert par exemple), la taille (un gros médicament, difficile à avaler, aura plus d'impact puisque l'imaginaire te dira "oulà, il doit y en avoir des choses là dedans !"), mais aussi le prix (imagine que tu voies une compilation de cds, 100 titres, pour 10€, quel sera ton premier réflexe ? "ça doit être des chansons de merde"), etc. Il faut que le médicament parle à l'imaginaire pour être vraiment efficace.
L'imginaire du patient, mais aussi celui du médecin (cf l'exemple du docteur Wolf cité dans le topic sur les placebos). D'où les collocs et autres. D'ailleurs, un médicament a plus d'effet quand il est tout nouveau ou encore expérimental que quand il a déjà plusieurs années derrière lui... Adaptation du virus ? Certes, mais l'argument n'est pas recevable dans TOUS les cas.
Tant que le générique ne gagnera pas le même statut dans l'esprit collectif, il restera moins "puissant" qu'un médicament classique. Les gens n'ont pas confiance dans le générique, et on ne guérit pas avec quelque chose en quoi on n'a pas confiance. Et même si on instaurait la confiance, resterait le problème de l'influence du prix (autre problème, si le prix est trop bas, on encourage encore plus la surconsommation...), de la nouveauté, ... Et il faudrait que les labos de génériques fassent un effort sur la forme !
Viennent ensuite les problèmes d'ordre économiques, vu qu'un brevet pour une substance dure 20 ans mais comprennant les tests, or ces tests s'allongent donc le "temps" de rendement diminue, alors même que les nouveaux médicaments demandent de plus en plus de fonds. Bref, les génériques, ça s'inscrit dans le GRAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAND problème de la Santé, et ça ne peut pas se traiter par "c'est le marketing qui t'a lavé le cerveau"...